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Afficher la version complète : Vasco de Gama: légende et tribulations du vice-roi des Indes



Fatna1007
23/06/2012, 14h45
Salam aleykoum,

Sanjay Subrahmanyam a sorti une biographie sur Vasco de Gama, dans laquelle il égratigne le statut de héros qu'il détient au Portugal, où la biographie n'a pas reçu un bon accueil. A cette occasion il a donné un entretien au nouvelobs.


Le Nouvel Observateur On a du mal à comprendre pourquoi, à la fin du XVe siècle, le Portugal, un pays marginal à l'extrême sud de l'Europe, relativement pauvre et peu peuplé, 1 million d'habitants, a eu l'audace de se lancer, par l'intermédiaire de Vasco de Gama, dans l'aventure de la création d'un empire portugais des Indes. Quelle est l'explication de ce projet démesuré?



Sanjay Subrahmanyam Les historiens portugais du XXe siècle, mais aussi français tels Pierre Chaunu ou Fernand Braudel, ont expliqué cette soif de conquêtes impériales outre-mer par des raisons économiques et mercantiles. Mais cette seule explication économique n'est pas satisfaisante, car elle ne peut rendre compte de cette démesure. En fait, à l'instigation du roi Dom Manuel, il s'agissait d'un projet de conquête très confus qui dans la noblesse ne faisait guère l'unanimité.
Le roi et Vasco de Gama se basaient sur des ignorances maritimes et politiques considérables. Ils se sont lancés dans l'aventure en pensant qu'il y avait en Inde des populations chrétiennes à découvrir et à protéger des musulmans. Dom Manuel entretenait des espérances messianiques -sauver les «chrétiens perdus»- mais aussi mercantiles, faire main basse sur les épices des Indes.
Ainsi quand la petite escadre de trois bateaux commandée par Vasco de Gama prit la mer en juillet 1497, dans le but de doubler le cap de Bonne-Espérance, la double motivation religieuse et mercantile était à la manoeuvre. Vasco de Gama, en allié de la noblesse portugaise, rêvait d'un enrichissement possible, tandis que Dom Manuel défendait le projet d'un capitalisme monarchique et surtout, comme plus tard Charles Quint, de créer une monarchie chrétienne universelle.
N'oublions pas qu'au moment des deux premières expéditions de Vasco de Gama, les voisins castillans n'ont pas encore atteint la terre d'Amérique ni conquis le Mexique et n'ont pris possession que de quelques îles des Caraïbes. C'est pourquoi Dom Manuel peut rêver de devenir l'Empereur universel.


Quand en 1498 Vasco de Gama rencontre pour la première fois le raja de Calicut - ce grand moment de la mythologie nationale portugaise célébrée par Luis de Camoes dans les «Lusiades» -, il croit découvrir un souverain et un royaume chrétiens aux rites certes exotiques. Le roi de Calicut était en fait hindouiste. La bévue est totale...



Au cours de l'expédition le long des côtes de l'Inde du Sud, Vasco de Gama croira voir des chrétiens partout. Pure illusion! Lors de son premier retour en 1499, il dira à Dom Manuel qu'il a découvert une quinzaine de royaumes chrétiens en Inde. En fait pour lui, tout ce qui n'était pas musulman ne pouvait ou ne devait être que chrétien. Il ne faut pas oublier que Vasco de Gama, comme tout noble portugais du XVIe siècle, est obsédé par la lutte contre l'islam.
Il n'hésitera pas d'ailleurs à couler un navire appartenant au sultan mamelouk, avec à bord des centaines de pèlerins musulmans qui revenaient de La Mecque. C'est un crime qu'on n'aime pas rappeler au Portugal. La haine de l'islam était très puissante à l'époque. Dom Manuel rêvait d'éradiquer la religion musulmane. Il assimilait le sultanat mamelouk d'Egypte à Babylone, projetait de détruire La Mecque et Médine et reprendre Jérusalem. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'un peu plus tard le sultanat égyptien allait tomber non pas à cause des Portugais mais des Ottomans.
Camoes dans ses «Lusiades» a su investir l'expédition de Vasco de Gama d'une dimension divine chère à Dom Manuel. Gama n'y est plus représenté sous les traits d'un paranoïaque hautain et cruel (comme souvent chez les chroniqueurs de l'époque) mais comme animé par Dieu qui le porte de réussite en réussite. Il y a également une dimension mégalomaniaque dans la monarchie portugaise et en particulier chez Dom Manuel.
A son titre de roi de Portugal et seigneur de Guinée, il fera ajouter après le premier retour de Vasco de Gama à Lisbonne: seigneur de la Conquête, de la Navigation et du Commerce, de l'Ethiopie, de l'Arabie, de la Perse et des Indes! François Ier, lui, ironisa, en l'appelant le «roi épicier» en raison de son appétence commerciale pour le poivre.

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