Arrivant au milieu de la crise mondiale, le dixième anniversaire de l’euro (1) a fait l’objet de commentaires beaucoup moins triomphalistes que le déluge de prophéties auquel son avènement avait donné lieu en 1999. La monnaie unique était alors conçue comme le couronnement de la construction économique de l’Europe, un vecteur d’intégration politique, un moyen de faire converger les économies vers un modèle de croissance dans la stabilité, enfin l’instrument de la compétitivité face aux Etats-Unis et aux pays émergents.
Président du Centre d’études financières à l’université de Francfort après avoir été membre du conseil de la Bundesbank, puis membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), l’économiste Otmar Issing, père de la doctrine de la BCE, ne ménage pas ses efforts pour justifier les choix effectués lors du lancement de l’euro et dans le pilotage de la BCE : critères de convergence, obsession anti-inflationniste fondée par un mandat statutaire strict, refus de la publicité des minutes du conseil des gouverneurs, politique de change peu attentive aux conséquences de l’euro fort, etc. (2). Mais, si on laisse de côté l’autosatisfaction, quels indicateurs justifient le diagnostic de « réussite » ? Essentiellement la stabilité des prix et l’élargissement de la zone euro, qui auraient donné tort aux cassandres, tel Milton Friedman, qui en prédisaient l’effondrement rapide.
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