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Discussion: A propos du complotisme : les pièges du labyrinthe

  1. #1
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    Par défaut A propos du complotisme : les pièges du labyrinthe

    اَلحَمدُلِلهِ رَبِ العَلَمِينَ ؕ وَالصَّلَوةُ وَ السَّلَامُ عَلَى سَيِـّـدِ المُرسَلِين
    اَمَّا بَعدُ فَاَعُوذُ بِاللهِ مِنَ الشَّيطَنِ الرَّجِيمِ
    بِسمِ اللهِ الرَّحمَنِ الرَّحِيم

    السلام عليكم ورحمة الله تعالى وبركاته

    Asalamu 3alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh








    A propos du complotisme : les pièges du labyrinthe







    Bien souvent, les grands médias disqualifient dès le départ de nombreuses approches ; par exemple, en les cataloguant comme « conspirationnistes », sans aucune vraie analyse préalable. D’un autre côté, un bon nombre de personnes critiques se méfient très fortement des médias « officiels », au point de ne leur accorder plus aucun intérêt ; ce, malgré les journalistes de valeur encore présents dans ces médias. Dans ce contexte, il peut être bon de se souvenir d’une démarche centrale en philosophie ; une démarche nécessaire, sans doute, à toute personne qui veut progresser dans la compréhension de la société et du monde. (Extrait du dossier « Les outils de l’explorateur » consacré à la critique des médias, paru dans la revue Pluricités n°17)



    Il s’agit de la tentative, au début de tout effort de compréhension, de revenir aux choses elles-mêmes, aux faits tels qu’ils sont au départi ; c’est-à-dire, telles qu’ils sont sans les idées et hypothèses qu’on leur a associé depuis qu’on essaie de les comprendre. Dans un sens, cela revient simplement au fait d’aborder les choses sans préjugés. Mais cet objectif élémentaire est en fait très difficile à atteindre réellement ; et on ne se rappelle jamais assez son importance. En effet, les phénomènes, les faits sont en général entremêlés pour nous à toutes sortes d’idées ou de représentations ; des représentations qui viennent notamment de notre éducation, ainsi que de la culture en général. Et très souvent, on ne s’est jamais demandé par soi-même si ces idées conviennent vraiment aux faits, si elles les expliquent vraiment.


    Donc, revenir aux « choses mêmes », aux faits eux-mêmes, c’est premièrement tenter de les épurer de toute idée ou interprétation, pour pouvoir les observer tels qu’ils sont d’abord ; puis, c’est tenter de leur associer à nouveau des idées, mais en vérifiant autant que possible, personnellement, que ces idées respectent vraiment ces faits.

    Souvent, on ne peut que tendre vers ces objectifs ; mais cela n’enlève rien à leur valeur.


    Un exemple : prenons une attaque perpétrée sur des citoyens d’un pays (prise d’otage,…) ; attaque revendiquée par un quelconque groupement, qui dit vouloir faire pression sur le régime de ce pays. Mettons que, d’après les grands médias, le responsable de cette attaque est bien un groupement opposé au régime en question. Mettons aussi que, selon certains journalistes ou chercheurs alternatifs, cette attaque est organisée en fait par ce gouvernement lui-même, afin de pouvoir justifier une politique plus sécuritaire. Au départ, tant qu’on n’a qu’une connaissance basique des faits, on peut être ouvert à une série d’explications possibles : celle que, en effet, un groupement indépendant veut contraindre le régime en question ; celle que ce sont des agents du gouvernement qui ont effectué cette attaque, ou encore des personnes manipulées par ce gouvernement ; celle que (dans cette hypothèse) l’ensemble des membres de ce gouvernement seraient impliqués dans cette opération, ou bien seulement certains d’entre eux ; etc.


    Il s’agirait donc de bien prendre garde à ne se laisser influencer par aucun préjugé : ni celui que parler de complot résulte toujours d’un excès d’imaginationii ; ni celui que les médias alternatifs manquent en général de rigueur ; ni le préjugé que les grands médias sont toujours malhonnêtes ou manipulés ; ni celui que les politiques sont la plupart du temps mauvais et manipulateursiii ; etc.


    La vie est pleine d’occasions de s’entraîner à une telle démarche ; et elle est particulièrement nécessaire dans le domaine des médias, où les risques de distorsions de l’information sont si élevés. Face à tout propos d’un journaliste ou d’un chercheur, réputé ou pas, « officiel » ou « alternatif », on peut chaque fois s’exercer à se dire, au départ : les propos de cette personne correspondent peut-être à une information ou à une analyse tout à fait juste ; ou bien, ils sont peut-être tout à fait faux ; ou encore, ils constituent peut-être une information ou une analyse en partie juste, en partie fausse ; etc. Et bien souvent, ce n’est qu’en étudiant les choses de bien plus près, en étant ouvert aux différentes sources et possibilités, qu’on pourra peut-être savoir un jour ce qu’il en est.






    Notes:


    i Notons que l’idée présentée ici a été en particulier développée par le courant philosophique nommé « phénoménologie », avec des penseurs comme Husserl. Ce courant est bien complexe, et nous ne pouvons ici donner qu’une idée très élémentaire de ce dont il s’agit. Mais comme évoqué, l’idée fondamentale est simple ; c’est son application qui est souvent très exigeante, et peut rencontrer de nombreux obstacles.




    ii L’histoire donne en effet divers exemples de complots bien réels. Par exemple, le fait entretemps avéré que le prétexte au déclenchement de la guerre du Viêt-Nam, l’attaque d’un navire américain par une vedette soi-disant nord-vietnamienne, a en fait été entièrement organisée par le pouvoir états-uniens. Voir par exemple Qui croit à la version officielle, le Monde Diplomatique, juin 2015 (vers la fin de l’article).




    iii Rappelons cette citation de F.-X. Verschave, qui fût l’un des chercheurs et activistes les plus critiques sur le pouvoir français : « Quand on connaît le pedigree et la généalogie de l’ensemble des journalistes, on repère qu’il y en a [en France] une quinzaine qui, malgré toutes ces conditions défavorables, malgré parfois leur rédaction, font magnifiquement leur travail. Les meilleurs articles sortis depuis dix ans sur la Françafrique [càd sur le néocolonialisme français] ont été publiés par Patrick de Saint-Exupéry, dans le Figaro [journal pourtant très à droite et conservateur]. (…) il y a des journalistes libres dans tous les médias. »





    Dernière modification par talib abdALLAH ; 03/10/2017 à 15h23.

  2. #2
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    Par défaut A propos du complotisme : les pièges du labyrinthe (2/3)

    A propos du complotisme : les pièges du labyrinthe (2/3)





    Modelages idéologiques du langage, phénomènes de désinformations intentionnels ou non, techniques de manipulation qui sont désamorcées une fois qu’on les a comprises… C’est ce que cet article propose à celles et ceux qui veulent se lancer dans le labyrinthe des médias…





    Alerte aux « conspirationnistes »




    Nous revenons donc sur le petit texte soumis à votre réflexion, dans le dernier PluriCité, dans cette même rubrique ; cet extrait d’un rapport sur ce qu’on appelle aujourd’hui le « conspirationnisme », rédigé par un certain Rudi Reichstadt. Voilà à nouveau ce texte – qui veut caractériser le sujet du rapport en question :



    « (…) mouvance hétéroclite, fortement intriquée avec la mouvance négationniste, et où se côtoient admirateurs d’Hugo Chavez et inconditionnels de Vladimir Poutine. Un milieu interlope que composent anciens militants de gauche ou d’extrême gauche, ex-« Indignés », souverainistes, nationaux-révolutionnaires, ultranationalistes, nostalgiques du IIIème Reich, militants anti-vaccination, partisans du tirage au sort, révisionnistes du 11-Septembre, antisionistes, afrocentristes, survivalistes, adeptes des « médecines alternatives », agents d’influence du régime iranien, bacharistes, intégristes catholiques ou islamistes » . (1)



    Nous avons reçu une réponse excellente de Karim Vermeulen (gagnant du concours), qui, pour nous, a tapé dans le mille. Non seulement, il a bien repéré que c’était la technique de l’amalgame, qui nous voulions ici mettre en avant ; mais son analyse est en plus excellent, de notre point de vue. Nous vous la restituons ici dans son intégralité :



    « Ce qui est frappant dans cette « définition » du conspirationnisme, c’est qu’au lieu d’expliquer simplement le sens du mot, elle effectue un amalgame entre des idées ou des formes de militantisme extrêmement différentes les unes des autres.


    C’est ainsi que des amateurs de médecines douces, par exemple, se retrouvent mis dans le même panier que les islamistes et les extrémistes politiques de gauche ou de droite.



    Comme il fallait s’y attendre, pour diaboliser toutes ces formes de pensée, on fait référence au nazisme. Si je veux discréditer les idées d’un adversaire, je le place dans la même liste que « les nostalgiques du IIIème Reich », et le tour est joué !



    C’est d’autant plus vrai lorsque l’auteur de ces lignes évoque les « révisionnistes du 11 septembre ». « Révisionniste », le mot fait d’emblée penser à l’extrême-droite, car c’est le mot que l’on emploie pour désigner les historiens (ou les pseudo-historiens) qui contestent l’existence des chambres à gaz, avec des arrières-pensées pro-nazies.



    Ici, le mot est appliqué à tous ceux qui, avec ou sans arrières-pensées politiques, voudraient remettre en question la version communément admise des événements du 11 septembre 2001. Cela n’a pourtant strictement rien à voir avec la démarche des historiens d’extrême-droite.



    Réfléchir sur ce qui s’est réellement passé le 11 septembre ou lors d’autres événements de l’actualité, c’est exercer son esprit critique. C’est une démarche bien nécessaire, très saine pour la démocratie, et qui est à l’opposé des différentes formes de paranoïas totalitaires énumérées dans le texte. »



    Notons aussi la contribution d’Ibrahim Nejjar qui, de façon très pertinente ici aussi, a attiré notre attention sur le fait que dans les tendances et personnes citées, on ne trouve pratiquement qu’un seul absent : la social-démocratie, ou encore les démocraties libérales.


    Cette observation nous paraît très juste ; et il semble donc que, dans le chef de l’auteur des lignes en question, le bien, ou du moins le sérieux, la raison, se trouvent exclusivement du côté de ce type de régimes (qui ont tendance, notamment, à penser posséder l’exclusivité de la démocratie) ; tandis que le reste (autres courants et systèmes politico-économiques, etc.) semble ici correspondre globalement au délire, à la paranoïa, à la dictature, etc.


    Dans ce sens, l’auteur évoque les « bacharistes » (sympathisants de Bachar el-Hassad), les partisans de Vladimir Poutine ou d’Hugo Chavez, etc. Mais pourquoi ne pas parler d’obamisme, de sarkozysme, ou encore des partisans de l’impérialisme de l’OTAN, etc. ?


    Comme si le fait d’imaginer ou d’inventer des complots inexistants, la diabolisation, les manipulations politiques les plus sournoises, ne se trouvaient que du côté des opposants radicaux à ceux qui ont aujourd’hui le plus de pouvoir…





    Émotion dans les médias, ou la souris qui cache la montagne




    Seconde base de réflexion que nous vous avions proposée : durant les nombreux combats entre États-uniens et Irakiens à Falloujah, en 2004, un soldat américain avait achevé un soldat irakien blessé, désarmé et réfugié dans une mosquée. (2)


    Aux États-Unis, notamment dans les médias, on avait parlé de crime de guerre, et on s’était ému, disant que de telles choses ne devraient pas arriver.


    Là aussi, Karim Vermeulen a saisi exactement ce que nous voulions suggérer, et a analysé les choses d’une manière encore une fois extrêmement juste – il a, pour sa part, intitulé sa réflexion avec la métaphore populaire « l’arbre qui cache la forêt ». Voici son texte :


    « Il faut mettre cela en rapport avec ce qui s’est passé à Falloujah lors de la « libération » (ou plutôt l’invasion) de l’Irak par l’armée américaine en 2004, telle qu’elle est décrite dans Pluricités, p. 46.



    Cette armée a tué tous les habitants masculins de la ville, n’épargnant que les femmes et les enfants. Si les adversaires des USA avaient agi ainsi, on aurait parlé de crime de guerre, voire de génocide. Mais puisqu’il s’agit des États-Unis, ces exactions sont passées sous silence.



    Par contre, dans les médias américains, on s’est ému du sort d’un soldat irakien achevé par un Américain alors qu’il était sans défense. L’histoire de ce soldat, c’est l’arbre qui cache la forêt.

    On accepte de parler de cet épisode-là, qui ne concerne que deux hommes, mais on « oublie » les autres événements, qui concernent beaucoup plus de victimes. On émet des critiques morales contre cet unique soldat, se donnant ainsi bonne conscience, on montre du doigt un subalterne ; mais on se garde bien de remettre en question les décisions globales de l’état-major américain, et de s’intéresser à leur bilan en termes de pertes humaines. »



    Encore merci à ceux qui nous ont communiqué leurs réflexions, et toutes nos félicitations à Karim !


    Bientôt, nous vous proposerons à nouveau des textes et autres contenus où vous pourrez déceler des techniques de manipulation, ou autre phénomènes de déformation des faits.




    Notes:



    1. REICHSTADT, Rudy, Conspirationnisme, un état des lieux, Fondation Jean Jaurès, 2015 –http://www.jean-jaures.org/Publicati...etat-des-lieux ; nous avons pu découvrir cette étude et ce passage grâce à l’article critique et très intéressant de Michel Segal, dans la revue Kairo, L’Epouvantail de la théorie du complot, un paravent commode, 2015 –
    2. Voir par exemple cet article sur le site du quotidien 20 minutes : http://www.20minutes.fr/monde/39490-...rakien-desarme





    Source: extrait du dossier « Les outils de l’explorateur », consacré à la critique des médias; paru dans la revue Pluricités n°17. Lire la première partie du dossier ici
    Dernière modification par talib abdALLAH ; 03/10/2017 à 15h24.

  3. #3
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    A propos du complotisme: les pièges du labyrinthe (3/3)






    En lisant que la NED finance des « médias régionaux indépendants », un « Centre Ukrainien pour la recherche politique indépendante », une « Organisation publique pour la liberté de l’information », on aurait envie de rire…si les manipulations concernées n’avaient pas mené déjà à des milliers de morts en Ukraine notamment, et si elles ne risquaient pas fort d’en entraîner beaucoup plus dans le futur.




    De quel côté est le complot ?



    On peut développer différentes réflexions à partir des extraits proposés. Comme plusieurs d’entre vous l’ont fait, eux aussi, dans les retours qu’ils nous ont formulés, c’est sur les points suivants que nous attirerions l’attention.


    Bernard-Henri Lévy – le « philosophe » d’Etati – et le milliardaire Georges Soros qualifient de la façon suivante le mouvement qui a mené à la chute du gouvernement élu, en Ukraine : « une expérience rare de démocratie participative »ii. On peut aussi dire que l’ensemble des grands médias occidentaux vont plutôt vers ce genre d’interprétation des faits, tout en critiquant fortement les choix de la Russie, le plus souvent.


    Mais en cherchant du côté des médias alternatifs, on apprend notamment que divers fondations occidentales, notamment états-uniennes, auraient développé en Ukraine tout un réseau visant à influencer et contrôler toujours plus la société de ce pays. Il est question notamment de la fondation National Endowment for Democracy, le NEDiii. En allant voir sur le site de cette fondation elle-même, on s’aperçoit qu’elle finance en effet des dizaines de projets, en Ukraineiv (dans les domaines de l’enseignement, des médias, de l’économie,…) Et en cherchant des informations sur la NED dans les grands médias, on apprend ceci, dans un article du Monde Diplomatique de 2007 : lors d’une interview accordée au Washington Post, le premier président de cette « fondation » a avoué que le but de la NED est de prendre le relai des actions clandestines de la CIAv. Voilà qui suffit déjà à mettre fortement en doute le caractère libre, ou entièrement libre, de la révolte évoquéevi.


    Ces financements de la NED en Ukraine ne concernent certes pas des sommes astronomiques, à première vue. Cependant, on apprend également une autre chose très intéressante, dans un média très difficilement soupçonnable de conspirationnisme pro-russe (« Conspiracy Watch », qui accomplit la prouesse d’être plus mainstream que le mainstream, à notre avisvii) : depuis la chute de l’URSS environ, les USA ont investi 5 milliards de dollars en Ukraineviii (comme quoi, des médias peu intéressants au départ peuvent nous apprendre des choses très éclairantes, même sans le vouloir). L’information provient d’un discours de Victoria Nuland, diplomate états-unienne, actuellement sous-secrétaire d’État pour l’Europe et l’Eurasie. Nuland, ainsi que l’auteur de Conspiracy Watch, suggèrent que le but de ce financement était la seule promotion de la démocratie ; la fameuse « transition démocratique », dont on parle vis-à-vis de l’est de l’Europe notamment.


    On peut cependant très fortement s’interroger sur la pertinence de cette affirmation, qui part de l’idée que le pouvoir états-unien se soucierait vraiment de démocratie. Plutôt que de se baser sur les déclarations se voulant morales d’un sous-secrétaire d’État, il nous semble bien plus intéressant de prendre connaissance de propos de Zbigniev Brzezinski, qui fut conseiller du président Jimmy Carter, et a également beaucoup d’influence sur le gouvernement Obama, comme nous l’apprend par exemple le Figaroix.


    Dans son livre « Le Grand échiquier – l’Amérique et le reste du monde »x, on peut lire notamment : « l’Ukraine, essentielle (…) et dont le renforcement de l’indépendance rejette la Russie à l’extrême est de l’Europe et la condamne à n’être plus, dans l’avenir, qu’une puissance régionale » (p. 19) ; l’Ukraine (…) pivot géopolitique » (p. 74) ; « L’Ukraine constitue cependant l’enjeu essentiel. Le processus d’expansion de l’Union européenne et de l’OTAN est en cours. À terme, l’Ukraine devra déterminer si elle souhaite rejoindre l’une ou l’autre de ces organisations. » (p. 160).

    Heureusement que Nuland est là pour nous rassurer, en nous indiquant que les 5 milliards de dollars n’ont servi qu’à soutenir l’Ukraine « dans le développement d’institutions démocratiques et dans la promotion de la société civile et de la bonne gouvernance »xi.


    Autre élément très intéressants des extraits proposés – qui complète bien ces dernières informations : l’aveu de Georges Soros, sur CNN, en 2014, selon lequel son Open Society Foundation « a joué un rôle important dans les événements [en Ukraine] »xii.


    Au sujet de Soros et de ses « ONG », on peut lire dans un article du Monde : « Sa galaxie d’ONG dépense entre 400 millions et 500 millions de dollars par an pour des projets de « société civile » dans plus de cinquante pays. »xiii


    On peut également lire, sur le site du journal économique « La Tribune », que Soros est prêt à investir un milliards de dollars en Ukrainexiv, en plus de ce qu’il y a déjà investi à travers sa fondation.


    L’article du Soir cité également dans la dernière édition de PluriCité, et qui remonte à 2004, contribue à confirmer les faits mis en valeur ici (par-devers son auteur là aussi, à ce qu’il semble). Il fait bien apparaître que l’immiscion de l’ouest en Ukraine ne date pas d’hier. Rappelons ce passage, au sujet de personnes ayant contribué aux mouvements de protestation de l’époque :

    « Les activistes (…) sont d’autant plus habiles et efficaces qu’ils sont solidement encadrés. Ils ont ainsi bénéficié en Ukraine du soutien financier d’une organisation basée à Washington et très proche du gouvernement américain (…) L’aide étrangère (…) s’étend également à la formation.xv »


    On voit qu’il est intéressant de chercher dans les archives, dans de telles investigation ; en effet, les tentatives de déstabilisation étant à cette époque plutôt pacifiques, il ne semblait pas problématique d’en parler. Aujourd’hui, on trouve bien plus difficilement des informations claires comme celles-ci, dans les grands médias, au sujet de l’Ukraine ; sans doute car les choses se passent cette fois dans la violence.


    Il faut bien sûr être prudent quant aux déductions qu’on peut tirer de ces informations, au sujet des buts précis poursuivis par les puissances concernées, de la manière dont agissent exactement les organismes évoqués, etc. Il s’agit aussi de ne pas devenir acritique face à une des parties concernées, par révolte face aux manipulations de l’autre, du fait qu’elle est servie par plus de puissance médiatique, économique et militaire.


    Et on pourrait écrire infiniment plus sur ce sujet. Mais selon nous, ces quelques observations sont déjà très parlantes, et suffisent déjà à réfuter de nombreuses analyses et jugements incomplets ou unilatéraux qu’on a lus et entendus très souvent ces dernières années.


    En lisant que la NED finance des « médias régionaux indépendants », un « Centre Ukrainien pour la recherche politique indépendante », une « Organisation publique pour la liberté de l’information »xvi, on aurait envie de rire…


    Si les manipulations concernées n’avaient pas mené déjà à des milliers de morts en Ukraine notamment, et si elles ne risquaient pas fort d’en entraîner beaucoup plus dans le futur ; à moins que bien plus de personnes prennent conscience de tout cela, abordent de façon bien plus critiques les analyses unilatérales, les accusations qu’on devrait s’appliquer à soi-même, la propagande de ceux qui déguisent leur géostratégie en promotion de la démocratie, leur impérialisme en soutien de la société civile.


    Dans la prochaine édition de PluriCité, nous vous proposerons à nouveau, dans cette rubrique, une série d’extraits de propos issus des médias, pour contribuer à nourrir et inspirer vos propres recherches.



    Notes:


    i L’expression « philosophe d’Etat » est utilisée par le penseur et militant Tariq Ali pour désigner les gens comme BHL.



    ii Libération, janvier 2015 – http://www.liberation.fr/monde/2015/01/25/il-faut-secourir-l-ukraine_1188431



    iii Voir par exemple Ukraine et l’amour entre les nations, site Internet du journal « Le Grand Soir », mars 2014 – http://www.legrandsoir.info/ukraine-et-l-amour-entre-les-nations.html



    iv http://www.ned.org/region/central-and-eastern-europe/ukraine-2014/



    v Le Monde Diplomatique, juillet 2007 – http://www.monde-diplomatique.fr/2007/07/CALVO_OSPINA/14911



    vi Et si on se réjouit du relai de cette information sur la NED, très peu ou pas évoquée ailleurs, dans les médias « officiels », on regrette aussi fortement que, à notre connaissance, le Monde Diplomatique ne la rappelle pas aujourd’hui, en lien avec les événements actuels en Ukraine.



    vii Le rédacteur de ce site est justement l’auteur de la « définition » du conspirationnisme analysée dans la rubrique « Les Pièges du labyrinthe », et tirée du rapport Conspirationnisme, un état des lieux, publié par la fondation Jean Jaurès (qui, à notre avis, doit se retourner dans sa tombe).



    viii Washington a-t-il vraiment dépensé 5 milliards de dollars pour financer un « coup d’Etat » en Ukraine ?, Conspiracy Watch, juin 2015 – http://www.conspiracywatch.info/Washington-a-t-il-vraiment-depense-5-milliards-de-dollars-pour-financer-un-coup-d-Etat-en-Ukraine_a1420.html



    ix Brzezinski suggère le « modèle finlandais » pour l’Ukraine, Le Figaro, février 2014 – http://blog.lefigaro.fr/lettres-de-washington/2014/02/brzezinski-souhaite-le-modele-finlandais-pour-lukraine.html



    x BRZEZINSKI, Zbigniew, Le Grand échiquier – l’Amérique et le reste du monde, Hachette, 2011.



    xi Washington a-t-il vraiment dépensé 5 milliards de dollars pour financer un « coup d’Etat » en Ukraine ?, Conspiracy Watch, juin 2015 – http://www.conspiracywatch.info/Washington-a-t-il-vraiment-depense-5-milliards-de-dollars-pour-financer-un-coup-d-Etat-en-Ukraine_a1420.html



    xii CNN, 25 mai 2014 ; l’interview d’où sont tirés ces lignes peut être visionnée notamment sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=l0Jtv6HEWQ4



    xiii George Soros, le philanthrope qui aime se faire détester, Le Monde, septembre 2008 – http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/09/12/george-soros-le-philanthrope-qui-aime-se-faire-detester_1094429_1004868.html#ejvI65SOlIm4eY5w.99



    xiv George Soros prêt à investir 1 milliard de dollars en Ukraine, la Tribune, mars 2015 – http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/george-soros-pret-a-investir-1-milliard-de-dollars-en-ukraine-464848.html



    xv Le Soir, décembre 2004 ; il s’agit donc d’événements plus anciens, mais liés à ceux qui se déroulent actuellement en Ukraine – http://archives.lesoir.be/ukraine-des-activistes-internationaux-ont-contribue-a-l_t-20041221-Z0Q3M6.html



    xvi http://www.ned.org/region/central-and-eastern-europe/ukraine-2014/


    Source: extrait du dossier « Les outils de l’explorateur » consacré à la critique des médias, paru dans la revue Pluricités n°17.



    Source : investigaction.net

    Dernière modification par talib abdALLAH ; 03/10/2017 à 15h26.

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