اَعُوذُ بِاللهِ مِنَ الشَّيطَنِ الرَّجِيمِ


بِسمِ اللهِ الرَّحمَنِ الرَّحِيم

Wa Sallalahu 'ala sayiddina Muhammad wa 'ala alihi wa sahbihi wa sallam taslima




Asalam 'alaykoum wa rahmatoullahi wa barakatouh



Source : Human Rights Watch



Exactions commises par des groupes d’autodéfense dans le centre du Mali, « Avant, nous étions des frères »



Lire le rapport de Décembre 2018 : https://www.hrw.org/sites/default/fi...8_web_fr_0.pdf



Documents annexes : https://www.hrw.org/sites/default/fi...b_fr_annex.pdf





Extrait du PDF : https://www.hrw.org/sites/default/files/report_pdf/mali1218_web_fr_0.pdf


Résumé



Alors que les groupes islamistes armés prolifèrent dans la région de Mopti, dans le centre du Mali, les violences communautaires ont, en 2018, tué plus de 200 civils, chassé de chez elles des milliers de personnes, détruit les moyens de subsistance et provoqué la généralisation de la famine. Les victimes sont principalement des Peuls ciblés par les « groupes d’autodéfense » des ethnies dogon et bambara au motif qu’ils soutiendraient des islamistes armés pour la plupart en lien avec Al-Qaïda.

Les communautés bambara et dogon, de tradition agricole, et la communauté peule, de tradition pastorale, sont depuis longtemps en conflit concernant l’accès aux sources d’eau et aux terres. Jusque-là, les désaccords étaient habituellement résolus sans affrontement sanglant. Depuis 2015 cependant, le nombre d’incidents mortels en lien avec la violence communautaire, mis en évidence dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement malien pour lutter contre l’augmentation des actes de violence commis par des groupes islamistes armés, a suivi une progression régulière. En 2018, la violence a atteint un niveau alarmant.

Les autorités maliennes n’ont pas mené d’enquêtes adéquates concernant les actes de violence, parmi lesquels plusieurs massacres ayant coûté la vie à plus d’une dizaine de personnes. Les trois communautés accusent les forces de sécurité du Mali de ne pas offrir une protection adaptée à leurs membres.

Depuis 2015, les groupes islamistes armés se sont propagés du nord vers le centre du Mali, où ils ont exécuté des dizaines de personnes accusées d’avoir collaboré avec les forces de sécurité du gouvernement ; ont installé des engins explosifs improvisés de manière indiscriminée ; ont contraint des civils à se rallier à leur vision de l’Islam, et ont compromis la participation de citoyens à des élections.

Les groupes islamistes armés ont axé leurs efforts de recrutement sur la communauté peule en exploitant les frustrations liées à l’augmentation du banditisme, à la corruption du gouvernement et aux tensions concernant les terres et les sources d’eau. Le recrutement des Peuls a attisé les tensions avec les Bambaras et les Dogons et est venu s’ajouter à la faible présence des forces de sécurité nationales pour entraîner la création de groupes d’autodéfense à caractère ethnique.

Les groupes d’autodéfense disent avoir pris en main leur sécurité car le gouvernement ne protégeait pas de manière adéquate leurs villages et leurs biens. L’accès facile aux armes à feu, y compris aux armes d’assaut militaires, a contribué au développement et à la militarisation des groupes d’autodéfense, rendant de plus en plus meurtrières les tensions communautaires existantes.

Des Peuls, parmi lesquels des dirigeants, assurent que les groupes d’autodéfense bambaras et dogons ont utilisé la lutte contre les islamistes armés comme un prétexte pour expulser les Peuls des terres fertiles et de valeur et pour prendre part à des actes de banditisme. Les violences ont poussé encore davantage d’hommes peuls à rejoindre des groupes islamistes armés.

Le présent rapport, qui s’appuie sur trois missions d’enquête menées en février, en mai et en juillet 2018, et sur des entretiens téléphoniques en 2018, documente les massacres, les attaques de villages et les meurtres de représailles de civils peuls, bambaras et dogons dans le centre du Mali en 2018, notamment des abus commis dans 42 villages et hameaux de la région de Mopti, particulièrement à proximité de la frontière avec le Burkina Faso et près de la ville de Djenné, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO). Nous nous sommes entretenus avec des personnes qui ont été victimes ou témoins des meurtres et d’autres violations ; des leaders des groupes d’autodéfense ; des leaders communautaires peuls, dogons et bambaras ; des fonctionnaires gouvernementaux ; des diplomates ; des travailleurs humanitaires et des analystes de la sécurité. Au total, nous avons mené des entretiens avec148 personnes en 2018. Nous avons également utilisé un grand nombre d’entretiens conduits au Mali entre 2015 et 2017 pour définir les origines et le contexte des violations commises en 2018.

Le rapport documente le meurtre de 202 civils qui ont été la cible d’attaques délibérées et aveugles menées par des groupes armés. Les attaques contre les villages se sont presque toujours accompagnées de pillages, de la destruction ou de l’incendie de maisons et du vol à grande échelle de troupeaux. Des personnes sont mortes à l’intérieur de maisons ou de mosquées incendiées.

Le rapport rend compte de 26 attaques contre des villages peuls qui auraient été commises par des groupes d’autodéfenses bambaras et dogons lors desquelles au moins 156 civils peuls ont été tués. Ces attaques ont visé 10 villages : Koumaga, Dankoussa, Meou, Bombou, Someni, Dolda Haidara, Gueourou, Komboko, Pirga et dans les environs de Sofara, tuant toujours entre huit et 23 villageois. Un grand nombre des atrocités commises par des milices semblent être pour venger des meurtres de membres des communautés Dogon ou Bambara qui seraient le fait de groupes islamistes armés. Les groupes d’autodéfense ont fréquemment répondu en menant des attaques représailles contre des hameaux ou des villages entiers. Environ 50 villageois peuls, dont des enfants, qui étaient détenus par les milices ou qui ont fui les attaques, restent portés disparus au moment de la rédaction du présent rapport.

Le rapport documente également le meurtre de 46 villageois dogons au cours de 16 attaques qui auraient été menées par des groupes islamistes armés avec le renfort de groupes d’autodéfense peuls. Parmi ces attaques on peut citer l’exécution d’un marabout (enseignant musulman), le meurtre de plusieurs villageois partis chercher du bois, et le meurtre d’autres villageois brûlés vifs lors de l’attaque de leur village. Au moins dix Dogons sont morts en 2018 à cause des engins explosifs improvisés qui semblent avoir été mis en place par des islamistes armés.

Human Rights Watch estime que les meurtres et les autres graves abus décrits dans le présent rapport ne donnent qu’un décompte partiel du nombre total de personnes tuées ou blessées dans le cadre de violences communautaires dans le centre du Mali en 2018. Ce rapport ne comptabilise pas les morts en lien avec les violences communautaires dans les autres régions du Mali. Ainsi, en 2017 et 2018, des dizaines de civils ont été tués dans la région de Ménaka, située au nord du Mali, au cours de violences opposant les Peuls, les Touareg Imghad et les clans Doussak.

Les affrontements dans le centre du Mali correspondent à un conflit armé non international tel qu’il est défini par le droit de la guerre. L’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 s’applique, comme d’autres lois et coutumes de la guerre auxquels doivent se soumettre les forces armées nationales et les groupes armés sans lien avec le gouvernement. Le droit de la guerre exige le traitement décent de toute personne placée en détention, et interdit les exécutions sommaires, la torture, les violences sexuelles et tout autre mauvais traitement, les attaques contre les civils et les biens appartenant à des civils, ainsi que le pillage. Le gouvernement a l’obligation de mener des enquêtes impartiales et des poursuites appropriées contre ceux qui sont impliqués dans la commission de crimes de guerre.

Les autres inquiétudes relatives aux droits humains dans le centre du Mali portent sur les questions suivantes.



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