Sans déconner, Julien.
D'où tu viens, mais d'où tu viens ?
Dans quelle famille as-tu grandi pour que tes valeurs soient celles du mépris, de la haine et de l'irrespect?
De quel manque d'amour souffres-tu pour pointer du doigt une mère, faire pleurer son gamin pour un morceau de tissu qui n'a d'offensant que la symbolique que l'on veut bien lui donner?
J'ai pitié des gens comme toi, vraiment.
Il y a d'autres combats à porter.
D'autres guerres à mener.
Il y a des leçons à tirer du passé.
Il y a eu suffisamment de haine déjà versée.
Ouvre tes bras à cette femme.
Passe de l'autre côté.
Ce n'est là-bas ni l'enfer, ni un autre monde que tu ne pourrais partager.
Que feras-tu la prochaine fois?
Tu demanderas à ces femmes de ne pas fréquenter les mêmes endroits que toi?
Tu voudrais toi aussi de jolies insignes sur le dessus des WC?
Sur les bus, dans les écoles puis des parcs interdits aux chiens et aux femmes voilées?

N'es-tu pas fatigué de te battre pour une cause qui ne mérite même pas que l'on s'y attarde?
De te battre pour retirer à des gens des droits qui n'affecteront jamais les tiens.
Le voile de Fatima, la coiffe de Mère Térésa, la kippa de Simon ou le kesa du dalaï-lama?
Quels avantages tu tireras à leur retirer le droit de vivre à leur propre manière leurs croyances et leur foi?
Les gens comme toi sont de vraies plaies pour l'humanité mon pauvre Julien.
A éclabousser le voisin de la merde qui te bouffe le cerveau.
A salir celles et ceux qui veulent vivre en paix avec leurs différences, leurs couleurs et leur diversité.
A enfoncer cette femme, au nom de tes principes républicains et de laïcité.
Tu oses évoquer nos quatre policiers tués.
Est-ce que cette femme est responsable?
Portait-elle l'arme qui a ôté la vie à ces hommes?
Sommes - nous tous responsables des crimes de nos semblables?
Suffit-il d'une croyance, d'une couleur de peau pour d'emblée être coupable?
Finirons-nous comme l'autre côté de l'Atlantique par abattre de sang froid des gosses un peu trop typés, trop barbus?
N'y-a t'il pas d'unicité dans chaque individu qui fait notre humanité?
Sept milliards et demi d'âmes, Julien.
Sois pas plus con que t'en as l'air, putain.
Est-ce que tu crois vraiment qu'un bout de tissu nous prédispose à trancher des gorges?
Crois-tu que l'on puisse deviner le degré de haine, la potentialité criminelle d'un humain sous couvert de critères déterminés.
Regarde-toi, avec ta gueule de jeune premier.
Ton physique de gendre idéal, ton sourire bienveillant alors que pourtant tu pourris de l'intérieur.
Aurais-tu, comme Dorian, ton portrait qui porte à ta place les horreurs de tes mots et les marques de tes faits?
Où sont tes principes humains?
Tu me rends amère Julien.
J'ai la plume plus douce d'habitude tu sais.
Moi je crois que l'on sème ce que l'on récolte.
Que si on dégueule sa haine, on finit par s'étouffer avec.
Tu dois en avoir ras la gueule, mon pauvre Julien.
Moi je félicite cette mère, qui sous prétexte qu'elle est voilée, sera toujours stigmatisée.
Je la félicite d'être venue au côté de son fils.
De l'accompagner dans son parcours scolaire.
D'affronter des ordures de ton genre.
Et de la dignité dont elle a fait preuve face à la médiocrité que tu représentais.
Je la félicite et je l'embrasse.
J'embrasse son voile, ses yeux noirs, sa peau dorée.
J'embrasse son gosse et lui demande pardon d'avoir à subir si jeune la connerie d'un adulte qui est supposé lui montrer l'exemple et non l'humilier.
Sois fier de ta mère.
Sois fier de ce que tu es.
Et au nom des principes de bon sens et de respect.
Garde à l'esprit qu'un homme comme Julien est l'exemple parfait de ce que tu ne dois jamais devenir...

Stone Marten